Mardi 3 juin 2008
Santé
Prévention et éducation à la santé : les assos en parlent

 

Rencontre du 4 novembre 2005 à la Maison des Initiatives Etudiantes avec la participation de Franck Perrigault du Centre Régional d’Information et de Prévention Sida (CRIPS)


 

Faire de la prévention en matière de santé suppose avant tout une bonne connaissance du pays et de la population auprès desquels on souhaite intervenir. N’est-ce pas dérisoire ou inadapté de vouloir sensibiliser une population à des enjeux de santé lorsque celle-ci souffre de mal ou sous-nutrition ?

Evaluer les besoins réels de la population, les priorités du moment, le mode et les moyens d’accès à l’information sont autant de pré-recquis pour agir de manière utile. A chaque pays, à chaque région, correspond un type d’intervention et il est essentiel de ne pas se calquer sur un modèle d’intervention préconçu. L’intervention est définie avec le partenaire pour répondre à une demande et des besoins précis.

Avoir un « public cible » semble être une autre clé de réussite d’un projet : Auprès de qui souhaite-on intervenir ?
-   les jeunes,
-   les personnes en situation de grande précarité,
-   les personnes analphabètes...

Partir en « repérage » est primordial pour évaluer les besoins et les modes d’action possibles. « Il faut prendre le temps de voir les réalités locales, connaître ceux qui y travaillent déjà, connaitre la culture pour ne pas choquer » (Nicolas de l’association Sankana) La solidarité internationale c’est avant tout travailler avec et non pour les populations. Certes, on apprend, on se forme, on découvre mais avant tout, on vit une fabuleuse expérience d’échanges.

Ex : en 1985, en Afrique du Sud, l’envoi de préservatifs par avion s’est avérée caduque... aucune explication n’était jointe ! A quoi ça sert ? Comment ça marche ? C’est fait pour qui ? Autant d’explications simples mais incontournables pour rendre un outil utile !

Franck Perrigault d’ajouter : il est important de guider vers une réflexion sur les compétences propres des gens, et non pas prétendre changer les comportements.

A-t-on vraiment les compétences pour faire de la prévention ? En effet, une mauvaise manipulation ou communication peut parfois se révéler plus dangereuse ! Il est donc essentiel de se former ici en France avec des professionnels. Aller travailler avec une équipe rodée auprès des populations immigrantes en France, des primo arrivants, est l’occasion de faire une action d’éducation à la santé, (pas besoin de partir à l’autre bout du monde !), et d’acquérir de vraies connaissances et compétences.



L’expérience de l’association POEMES au Cambodge :

POEMES a fait l’expérience de la barrière de la langue dans un orphelinat cambodgien. Bien qu’ayant un interprète, la difficulté de transmettre les infos se révélait énorme pour l’association. Le traducteur s’est donc peu à peu transformé en relais local car l’échange était plus direct entre lui et les enfants. Ex : il a su trouver des chansons locales permettant de sensibiliser les enfants à quelques questions de santé. POEMES se positionnait de plus en plus comme aiguilleur, et non plus comme acteur central. De plus, L’assimilation des étudiants blancs en médecine, à de réels praticiens a semé la confusion. Ainsi, il semble plus judicieux de passer par un relais local qui sert de médiateur.



Bien penser le départ : partir moins nombreux, faire mieux !

Concrètement, au lieu de partir à 15, ne vaut-il pas mieux partir seulement à 4, et réutiliser les fonds ainsi économisés (transport, hébergement...) pour aider au soutien d’un programme de santé d’ores et déjà en place ? Ou alors faire venir quelqu’un du pays d’intervention, ici en France, pour le former afin qu’il acquière des compétences, ai accès à l’information et devienne un relais local durable ? Evidemment les personnes du projet ne partant pas peuvent avoir l’impression d’être « laissés pour compte », mais part-on dans le but de faire un voyage (raison tout aussi juste mais différente) ou pour une mission que l’on veut la plus efficace possible ?

« Quel discours adopter en matière de prévention VIH ? »(Adrien de Sankana) Franck Perrigault : il est important de ne pas élaborer des discours trop conceptuel sur : qu’est ce que le VIH ? La trithérapie comment ça marche ? Mais plutôt inculquer le « Vivre avec ».
En matière de sida, comme avec d’autres maladies, l’enjeu est d’apprendre à composer avec le réel. Comment vivre avec une maladie ? Apprendre à insérer un traitement de long terme au quotidien... Partir du réel semble être la meilleure solution pour réduire les risques et donc par là même faire de la prévention.

Comment quantifier son travail ? (Jessica de l’association Humapharma) La réflexion sur les effets escomptés d’une action doit se faire aussi bien en amont qu’en aval de l’action. C’est dès le début du projet que l’on doit mettre en place des procédures d’évaluation.



L’expérience de l’association Humapharma à Madagascar :

L’établissement d’un questionnaire, à renseigner par le personnel de l’hôpital, parait peu satisfaisant comme moyen de suivi de l’action. En effet, il semble difficile de ne pas tomber dans les écueils : « il faut faire plaisir aux étrangers qui arrivent avec leur savoir faire et leur argent, du coup, tâchons de répondre ce qu’ils aimeraient ».



Il n’y a pas de recettes miracles en matière d’évaluation. Un gage de qualité de celle-ci réside dans les contacts durables que l’on construit avec le partenaire. Celui-ci est le vrai relais de l’action, c’est lui qui peut la pérenniser. Les critères d’évaluations, les indicateurs doivent être construits avec lui. Il constitue l’une de vos principales sources d’informations (Marie).
De manière moins directe, l’établissement d’un cahier de liaison peut être envisagé comme moyen de suivi de l’action : il permet d’établir lors de consultations médicales par exemple, un suivi des patients et noter les évolutions de comportements individuels. (Nicolas de l’association Sankana)

Agir de façon plus globale et durable :
L’idée d’introduire de nouveaux comportements avec de nouveaux moyens, type brosse à dent et dentifrice, doit être pensée sur le long terme. Si l’approvisionnement en brosses à dents par exemple n’est pas réfléchi par exemple, votre action peut être plus destabilisatrice qu’autre chose. Comment faire si dans un an l’association porteuse du projet n’assure plus l’approvisionnement ?

Dans une optique plus durable, une fois de plus, l’enjeu est de créer des relais locaux, afin d’éviter l’importation de matériels, et plutôt créer une activité génératrice de revenu, pouvant dégager des fonds pour l’achat de matériel semble plus durable (Emma de l’association Sankana). S’insérer dans une politique publique mise en place par le Ministère de la santé permet également une meilleure appréhension des pouvoirs locaux, pouvant soutenir et relayer l’action

Qui peut faire de l’éducation à la santé ?

Eduquer à la santé ce n’est pas seulement donner de l’information médicale, transmettre des connaissances, mais c’est surtout faire preuve de sensibilisation. Il faut donc décloisonner les secteurs car l’information est souvent bien ou mieux expliquée par une personne qui a fait de l’animation, de l’éducation... L’éducation et la prévention à la santé ne sont pas le propre du médecin.

Edicef

Editions Classiques d’Expression Française - est une maison d’édition spécialisée à l’origine dans l’édition de manuels destinés aux élèves de l’Afrique subsaharienne. Aujourd’hui, sous la direction éditoriale de Nathalie Boyer, Edicef met aussi ses compétences (plus de 50 ans d’édition spécifique) et son savoir faire au service du Liban, du Vietnam, des DOM TOM et du Maghreb.

Par Franck PERRIGAULT
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